Écouter sans perturber
Les chauves-souris, ou chiroptères, sont actives au crépuscule et la nuit et s’orientent grâce au son : elles émettent des ultrasons, inaudibles pour l’oreille humaine, et en écoutent l’écho pour se déplacer et chasser dans l’obscurité. C’est sur cette capacité que repose la technique choisie par l’Arpal, la bioacoustique, pour lancer un suivi de ces mammifères. Un appareil appelé bat detector, c’est-à-dire un enregistreur d’ultrasons, capte ces sons et permet de détecter la présence des différentes espèces sans les capturer ni s’en approcher. Le type de son permet également de comprendre ce que fait l’animal : s’il chasse, s’il est simplement en transit ou s’il se trouve dans une zone de reproduction. Le tout sans causer la moindre perturbation.
Des grottes aux milieux ouverts
Ce n’est pas le premier travail de l’Arpal sur les chiroptères. Par le passé, ces animaux étaient principalement étudiés en inspectant les gîtes (roosts), c’est-à-dire les refuges où ils se reposent et élèvent leurs petits, souvent à l’intérieur de grottes : en 2024, une colonie située dans la Grotta delle Lungaie, à Rovegno, a intégré la liste des sites suivis par l’Agence. Grâce à la bioacoustique, le suivi s’étend désormais aux milieux ouverts et aux espèces en vol.
Sentinelles involontaires
Les chauves-souris sont protégées par des conventions et des accords internationaux, notamment par EUROBATS (l’Accord sur la conservation des populations de chauves-souris européennes) et par la Directive européenne Habitat (92/43/CEE). Elles subissent de nombreuses pressions, allant des activités humaines au changement climatique. C’est précisément leur lien étroit avec leur environnement qui les rend sensibles au climat. Avec l’augmentation des températures, certaines espèces se déplacent vers le haut, atteignant des altitudes où elles étaient absentes auparavant. Suivre leur présence en montagne devient ainsi un moyen de lire les changements en cours : ce sont des sentinelles involontaires du changement climatique. En Ligurie, l’un des enregistreurs a été placé à environ 2 200 mètres d’altitude.

Un expert en biodiversité de l’Arpal positionne un bat detector à 2 200 m d’altitude dans les Alpes, à la frontière avec la France.
Un travail entre l’Italie et la France
Le suivi intègre l’Arpal pour la Ligurie, les Aree Protette delle Alpi Marittime et le Parco fluviale Gesso e Stura au Piémont, ainsi que le Parc National du Mercantour dans le département français des Alpes-Maritimes. Il est financé par le programme européen de coopération transfrontalière Italie-France ALCOTRA, dans le cadre du projet ALPIMED+ ECOTERR, dont l’Arpal est le chef de file. Une première phase a permis d’harmoniser les méthodes d’étude sur les deux versants des Alpes. La zone étudiée se trouve dans la province d’Imperia et couvre environ 300 kilomètres carrés. Elle a été subdivisée en quadrants de 2×2 kilomètres, selon la méthode déjà utilisée en France, en privilégiant les zones les moins connues, peu fréquentées et présentant une faible pollution lumineuse.
Comment fonctionne le relevé
Les enregistreurs sont étalonnés sur les fréquences des ultrasons et ne s’activent que pendant les heures d’activité des chauves-souris : ils enregistrent ainsi lorsque c’est nécessaire et économisent leurs batteries. Ils restent sur place environ une semaine, puis sont retirés. Les traces audio, visualisées sous forme de sonagrammes comme celui de l’image ci-dessous, sont ensuite analysées par des experts à l’aide de logiciels dédiés. L’identification des espèces ne peut pas se passer, du moins pour l’instant, de l’œil humain.

Un sonagramme de Rhinolophus ferrumequinum, l’une des espèces de chiroptères étudiées dans le projet Alpimed+ Ecoterr.
Des sons aux données sur la biodiversité
Un état des lieux actualisé est nécessaire : l’Italie compte entre 34 et 36 espèces de chauves-souris, dont une grande partie en Ligurie grâce à la diversité de ses milieux, mais la dernière étude à grande échelle remonte à 2013-2015. Les données collectées alimenteront Li.Bi.Oss., l’Observatoire de la Biodiversité Ligurienne, et seront comparées à celles du Piémont et de la France. Les résultats échangeront également avec le projet ALCOTRA « Cieux étoilés / Trames noires », dédié à la réduction de la pollution lumineuse pour préserver la biodiversité.
Article rédigé par Arpal
Photo de couverture: Un groupe de chauves-souris appartenant à l’espèce du Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), photographie de Dario Ottonello, archives Arpal.

